Publier des livres offrant une lecture adaptée et indispensable pour tous !
- L'équipe des éditions Mélodie D'Ô

- 11 mai
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 mai
Les livres en grands caractères

Saviez-vous que les malvoyants ainsi que les aveugles peuvent jouer au cricket ? "L'ouïe du joueur doit être excellente, parce que 70 % de la performance en dépend", explique le capitaine d’une équipe pakistanaise. La balle, une sphère de plastique contenant de petites billes métalliques, émet un bruit de maracas au rebond, permettant au batteur et aux "chasseurs" de la localiser avec une précision surprenante. Les règles du jeu sont quasiment les mêmes que pour les voyants, et les joueurs s'orientent grâce à la voix de leurs coéquipiers et de leurs adversaires [source 1].
Au-delà des exploits comme ci-dessus qui nous parviennent avec joie et enthousiasme, la réalité des personnes avec une déficience visuelle ressemble plutôt à ça : [source n°2]
Seulement 10 % des sites internet sont accessibles aux personnes aveugles et malvoyantes.
6 % des livres sont adaptés à l’usage des aveugles et malvoyants.
Sur 500 films qui sortent au cinéma chaque année, seulement 100 sont audio-décrits.
4 % seulement des émissions de télévision sont audio-décrites.
Pourtant, l’accès à la lecture est un besoin primordial pour accéder à l’éducation, à l’emploi ainsi qu’à tous les écrits nécessaires dans la vie au quotidien : directions, courriers, droits et devoirs dans notre société, prescriptions médicales, littérature, médias, etc.
D’ailleurs, la création du code Braille par le Français Louis Braille en 1825, fête ses deux cents ans. 6 millions de personnes utiliseraient le Braille dans le monde. Cette invention permet aux aveugles d’accéder à la lecture et donc à l’éducation, à l’emploi (taux de chômage supérieur à 50 %) et plus récemment grâce à l’informatique à une transcription de l’information classique, et à une traduction dans les deux sens des écrits (classique / Braille). [source n°3]
Les éditions Mélodie D’Ô publient tous les romans contemporains de Mélodie Marine en grands caractères ainsi qu’en version audio.
Pourquoi cette autrice tient-elle particulièrement à cette version papier et audio ? Pour répondre à cette question, nous vous invitons à prendre connaissance du sujet (souvent mal connu) de la malvoyance et de son évolution en France et dans le monde.
L’humanité est un tout. L’accessibilité pour tous est un moyen d’entraîner chacun dans le tourbillon de nos sociétés, et évite l’indifférence.

Que représente la malvoyance ou la cécité dans le monde ?
Selon le rapport de l’OMS 2020 [source n°9], à l’échelle mondiale, au moins 2,2 milliards d’individus ont une cécité ou une déficience visuelle de près ou de loin. La déficience d'au moins un milliard d’entre eux aurait pu être évitée ou n’a pas encore été prise en charge.
La perte de vision peut toucher les personnes de tous les âges, cependant la majorité des personnes atteintes de déficience visuelle ou de cécité ont plus de 50 ans.
La déficience visuelle survient lorsqu’une affection oculaire entrave notre capacité à voir distinctement. Chacun d’entre nous, s’il vit assez longtemps, connaîtra au cours de sa vie au moins une affection oculaire qui nécessitera des soins adaptés.
Les affections oculaires susceptibles de provoquer des déficiences visuelles voire la cécité sont (1) les défauts de réfraction (le traitement de la lumière par l’œil), (2) la cataracte, (3) la rétinopathie diabétique, (4) le glaucome ou encore (5) la dégénérescence de l’œil liée à l’âge.

Que représente la malvoyance ou la cécité en France ?
Le vieillissement de la population française, — une chance de profiter des gens que l’on aime et de la vie —, accroît le risque d’être atteint d’une déficience visuelle. 22 % de la population française a plus de 60 ans, et dans 25 ans ces citoyens représenteront 30 % de la population. [source n°5]
En France métropolitaine, on estime que près de 2 millions [source n°3] de personnes sont atteintes d’un trouble de la vision, soit 2,99 % [source n°4] de la population. Une personne est considérée comme malvoyante si son acuité visuelle après correction (avec des lunettes sur le nez) est comprise entre 4/10 et 1/10, ou si son champ visuel est compris entre 10 et 20 degrés.
La malvoyance peut être d’origine congénitale (dès la naissance) ou consécutive à une pathologie ou à un traumatisme ou encore à la vieillesse. Les difficultés dans la vie quotidienne sont très variables d’une personne à une autre selon le degré du handicap, et la lecture fait partie des difficultés rencontrées.
Parmi les 2 millions de personnes déficientes visuelles,
. 207 000 sont (a) aveugles, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de perception de la lumière, ou (b) malvoyants profonds, c’est-à-dire qu’elles ont une vision résiduelle limitée à la distinction de silhouettes. Pour ce public, le Braille ou les livres audio semblent plus adaptés.
. 932 000 sont (c) malvoyants dits moyens, c’est-à-dire une incapacité visuelle sévère (En vision de loin, ils ne peuvent distinguer un visage à 4 mètres ; en vision de près, la lecture est impossible.), et rencontreraient des difficultés de lecture avec des ouvrages classiques.
Or, seulement 6 % des livres seraient adaptés avec des caractères spécifiques de grande taille, dans une typographie adaptée comme Luciole.

Les différents profils de lecteurs des ouvrages en grands caractères
Mélodie Marine à travers les éditions Mélodie D’Ô souhaite apporter à cette population son soutien en proposant ses romans dans une impression adaptée en grands caractères.
En discutant avec les libraires, il est intéressant de constater que tous les lecteurs déficients visuels ne réagissent pas de manière identique face à ce type de livre adapté.
Quand le handicap visuel touche les personnes dès la naissance ou jeunes (le handicap n’est pas associé à la vieillesse), le fait de devoir surmonter la déficience visuelle est liée à une singularité congénitale, à la maladie ou à un accident. Dans ce cas, le livre en grands caractères est assimilé à un outil adéquat, à une spécificité de la personne.
En revanche, quand la déficience visuelle impacte les personnes dont la capacité oculaire décline malgré la correction des lunettes et les autres soins médicaux, le lecteur vit (parfois) difficilement cette étape, assimilée comme un tournant dans le cycle de sa vie.
Pourtant, l’espérance de vie augmentant, les livres en grands caractères comme les lunettes, devraient être accueillis comme un moyen d’autonomie, de liberté intellectuelle, d’évasion, d’apprentissage, d’exercices de nos fonctions cognitives, entre autres.
En 1901, le recensement comptabilisait 100 Français centenaires. En 2024, l’Insee recensait 31 644 centenaires, dont 4 647 hommes et 26 997 femmes. (Attention, les chiffres varient selon les sources.) Les prévisions sont à la hausse, car il existe maintenant des « super-centenaires », des hommes et des femmes de 110 ans et plus !
Quand les personnes renoncent à la lecture pour diverses raisons, elles perdent leurs fonctions cognitives. La lecture est un réel enjeu de santé publique !

Qu’est-ce que les fonctions cognitives ?
Les fonctions cognitives désignent l’ensemble des processus mentaux qui permettent d’acquérir, de traiter, de stocker et de restituer les informations auxquelles les êtres humains sont soumis. Ces fonctions se présentent en résumé ainsi :
La mémoire : Capacité à encoder, stocker et rappeler des informations.
L’attention : Processus de concentration sur certains stimuli tout en ignorant d’autres.
La perception : Interprétation des données sensorielles provenant de l’environnement.
Le raisonnement : Capacité à tirer des conclusions et d’interpréter les informations disponibles.
La plasticité cérébrale : Aptitude du cerveau à modifier ses connexions et à s’adapter en fonction de l’expérience.
Le langage : La phasie englobe les activités d’expression (parler) et de réception (entendre, décoder et comprendre). Quand une personne a un trouble du langage, elle est dysphasique.
La motricité : La praxie englobe les mouvements, ce que nous essayons de faire, les actions motrices que nous coordonnons dans un but intentionnel comme marcher, faire du vélo, se servir un verre d’eau, se vêtir, etc. Quand une personne a un dysfonctionnement moteur ou du mouvement, elle est dyspraxique.
Les fonctions cognitives interagissent constamment entre elles, créant un réseau complexe qui influence notre comportement et notre personnalité.
Par exemple, un déficit dans le domaine de l’attention (déficience que la lecture corrige très bien) peut impacter la perception, ce qui, à son tour, affecte la mémoire. [source n°7]
Cette explication des fonctions cognitives ne vous propose qu’une ébauche du processus mental (« appareil à penser » ou cerveau) dans l’objectif de mieux appréhender l’importance de la lecture, très bon exercice, dans notre hygiène de vie au quotidien.
L’équipe des éditions Mélodie D’Ô a également rencontré des lecteurs lors de salons, expliquant qu’ils appréciaient les romans en grand format lorsqu’ils étaient (très) fatigués. Entre deux lectures dans un format traditionnel, d’aucuns lisent des livres édités en grands caractères, qu’ils trouvent notamment en bibliothèque !
Après ces quelques mots, chers lecteurs, vous comprenez l’importance de la lecture pour tous les citoyens français porteurs d’une singularité ou (très) ordinaires, jeunes ou vieux dans leur tête, dys. ou pas dys., calme ou (super) énergique, fuyant l’opticien par coquetterie ou détenteurs de moult paires de lunettes… Bref, il ne tient qu’aux éditeurs de proposer des livres adaptés à la population !
Pourquoi la police Luciole ?
La police Luciole [source n°6] a été conçue spécifiquement pour les personnes malvoyantes ainsi que les lecteurs dyslexiques (ayant un trouble spécifique de la lecture), les personnes hyper-actives pour qui les grands caractères favorisent la concentration ou encore les lecteurs en apprentissage spécifique. Cette police convient à tous les lecteurs.
La dyslexie en deux mots !
En France, la dyslexie touche environ 5 % [source n°7] des enfants au cours du développement et des apprentissages.
La dyslexie se traduit par une difficulté à acquérir et à reproduire les mécanismes de la lecture, à relier les sons aux lettres correspondantes et à mémoriser les mots.
La plupart des dyslexiques commettent souvent le même type d’erreurs. Ces lecteurs confondent les lettres de morphologie similaire comme les « p » et le « b » ou encore le « b » et le « d ».
Pour répondre à ces publics, la création de la police Luciole est le résultat de plus de deux années de collaboration entre le Centre Technique Régional pour la Déficience Visuelle et le studio typographies.fr.
La police Luciole est devenue le nouveau standard typographique dans le domaine de la déficience visuelle ou des difficultés de lecture en France. Utilisés par de nombreux éditeurs spécialisés et les professionnels concernés, les caractères Luciole ont été pensés pour offrir la meilleure expérience de lecture possible aux lecteurs.
Chaque lettre de la police Luciole est linéale (sans empattement, ni plein ni délié), les espacements entre les lettres et les mots sont optimisés et les lettres majuscules et minuscules ne peuvent se confondre.
Par exemple, le « i » majuscule « I » ne peut être confondu avec le « L » minuscule « l ». La lisibilité des lettres devient plus facile ! Les confusions sont plus aisément évitées.
La police Luciole contient plus de 700 signes dans chacune de ses variantes (standard, gras, italique) et permet d’écrire la quasi-totalité des langues européennes.
La typographie Luciole a été conçue pour une lisibilité optimale et pour le plus grand nombre.

L’édition d’ouvrages en grands caractères concrètement, c’est quoi ?
Le protocole d’édition des ouvrages en grands caractères impose entre autres :
Une police très lisible comme la police Luciole avec une taille de corps de 16, 18 ou 20 voire plus. D’autres polices peuvent également être utilisées comme Helvetica ou Muséo, mais elles sont moins adaptées.
Un papier d’impression mat, opaque ni trop foncé ni trop blanc (couleur ivoire ou crème claire) pour éviter l’éblouissement.
Un interlignage plus large pour une meilleure lisibilité de chaque ligne, évitant de perdre le fil de la lecture entre la ligne du dessus ou du dessous.
Une marge d’une taille supérieure ou égale à 20 mm.
Les césures sont acceptées si elles ne sont pas consécutives.
Un nombre maximum de pages de 700 par volume.
La liste proposée ci-dessus n’est pas exhaustive ! Ces six points vous présentent une simple ébauche du travail de l’éditeur.
Les éditions Mélodie D’Ô publient les romans de Mélodie Marine en grands caractères avec un corps de taille 17, seules les notes en bas de page sont de taille 16. Ce choix ainsi que le format papier 20,32 cm sur 25,4 cm permettent de conserver le visuelle d’un roman classique avec une dizaine de mots par ligne. Nos livres sont moins épais (environ 3 cm) que la majorité des ouvrages en grands caractères et se glissent facilement dans un sac.
L’interligne est de 1,2, les césures limitées, le papier est crème et épais, exclusivement avec la calligraphie sobre Luciole.
Les éditions Mélodie D’Ô proposent également une version audio sur la plateforme Kobo, Apple, Spotify, etc.
Mots de conclusion :
Ces quelques lignes ont pour but de faire connaître les ouvrages en grands caractères. Certaines librairies possèdent au moins une étagère pour les lectures plus lisibles quand certains établissements proposent uniquement ce type de livres comme la librairie des Grands Caractères à Paris dans le 5e arrondissement. Amazon offre également en ligne une sélection d’ouvrages en grand format.
L’idée est de n’exclure personne (même dans l’édition) ! Tentez l’expérience en vous offrant un roman très lisible ou proposez-le à une connaissance en difficulté pour ne jamais perdre le lien avec la lecture, l’apprentissage, l’évasion… et vos fonctions cognitives !
*****

%20(21%20x%2029_7%20cm).jpg)
Commentaires